Les affres de celui qui écrit

Il se tient là sagement sur le bureau de mon ordinateur, depuis des mois. Il attend que je le considère. Il attend que je vive notre histoire, que je la prenne à bras le corps, que je la porte à son plus beau niveau. Je l’ouvre, je le relis à mes heures perdues. Ce bébé. Ces quelques lignes couchées pourtant avec enthousiasme, joie, conviction. Mais je n’arrive pas à l’abonder, à le poursuivre, à l’apprivoiser. Un peu comme si j’avais fait une belle rencontre et que je ne manifestais que quelques parcimonieux, et sporadiques signes d’intérêt à la personne, de temps à autre, en dépit de mon désir de construire.

Alors, je change une majuscule, un point et je sauvegarde comme si j’avais écrit trois chapitres. Je remets à demain. Je remets à après-demain. Je me trouve quelques excuses. Je me sens imposteur. L’histoire vaut-elle le coup ? Comment dois-je la mener ? Vers quoi dois-je la diriger ? Me faut-il un œil extérieur ? Comment puis-je la structurer ? Et pourtant, je suis certaine qu’elle peut plaire. Je suis certaine qu’elle peut faire vibrer plus d’une âme.

Pourquoi ne me délecterais-je pas du chemin plutôt que de crever d’envie d’être au bout de l’histoire, au dernier chapitre, au point final ? Je n’ai pas envie de la précipiter non plus. C’est sûrement pour cela que je prends mon temps.

C’est alors qu’en me demandant pourquoi j’avais commencé l’aventure que tout redevint limpide dans mon esprit. Quelle était mon intention de départ ? Etait-ce une lubie de l’égo : écrire pour voir mon nom écrit sur un livre ? Non, ce n’était pas ce dont je rêvais. Ecrire pour être riche et célèbre ? Non plus. J’avais commencé à l’écrire pour le plaisir que l’exercice me procure, et pour me prouver que j’étais à la hauteur de cette belle entreprise.

J’en avais même soufflé mot à mon ami Tony qui m’avait assuré son soutien, et le caractère prometteur des quelques lignes que je lui avais communiquées.

Je ne vais quand même pas faire acquiescer mon entourage à chaque chapitre ? Qui dois-je convaincre ? N’est-ce pas là les traces de l’égo qui avance masqué ? A-t-on besoin d’être sûr, ou d’être flatté de son style ? Ou est-ce simplement un besoin d’être rassuré ?

doute-et-ecrivain

Est-ce que toutes celles et ceux qui, un tant soit peu, prennent la plume sont habités de ces mêmes sentiments, émotions, craintes ? Est-ce que le secret ne réside pas dans le non-questionnement ? Ecrire, écrire, écrire, tout simplement. Peut-être faut-il se mettre en parenthèse pour libérer notre monde ?  Ecrire permets justement de se créer son monde.

Finalement, l’écriture nous révèle nos facettes, et nos meilleurs travers.

C’est décidé, ce week-end, j’écris. Je poursuis.

C’est décidé, ce week-end, je me mets entre parenthèses. Je me mets en mode avion.

A bientôt,

Sana.

Tous droits réservés.

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27 réflexions sur “Les affres de celui qui écrit

  1. Bonjour Sana,

    J’ai longtemps pensé que d’écrire un roman entier n’était pas fait pour moi, parce que j’estimais que pour y arriver, il fallait d’abord s’attaquer à la structure, à ce que raconte chaque chapitre, connaître la fin, tracer les chemins, d’abord identifier et décrire qui sont les personnages, bref, des trucs qui me paraissaient trop réfléchis et trop contraire à la façon dont j’aime écrire, sans contrainte, sans chemin prédéfinis en me laissant guider par l’instant, qui à réajuster les choses par la suite. En lisant ce billet du blogue de Mariella Cadatti (https://mariellacadatti.com/2018/04/21/5-processus-decriture-de-roman-avec-ou-sans-structure/), ça m’a réconcilié avec le fait que tout restait possible. Bon weekend à toi.

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    1. Pierre, tu tapes toujours dans le mil’! J’adore écrire sans structure. Quand c’est trop réfléchi, j’ai l’impression que ça sonne faux. Dieu sait que j’ai lu des tonnes d’article du genre  » comment écrire en 30 jours », « comment structurer son roman », « comment travailler ses descriptions »…mais je ne me retrouve dans aucun. Merci de me confirmer que ma vision peut être la bonne. Je cours lire l’article de Mariella! Bon week-end!

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  2. linemourey

    Salut ! L’homme qui partage ma vie écrit lui aussi et vient de boucler son premier roman. Ecrire est un vrai marathon… je l’ai vu écrire des nuits entières, relire, détruire, réécrire, faire des pauses, critiquer son travail puis en être satisfait. Avoir peur de le finir et hâte en même temps et ce sentiment de vide et de fierté lors du point final. Ecrire, ça rend vivant !
    Je te souhaite de prendre beaucoup de plaisir dans cet exercice et une belle aventure !

    Line de https://la-parenthese-psy.com/

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  3. Oui, je ressens la même chose que toi mais je crois que l’envie, le besoin, l’urgence d’écrire selon les inspirations du moment, est plus forte que tout ces petits picotements et autres petites trahisons de notre « surmoi » qui en bon gendarme voudrait nous empêcher de nous réaliser.. il faut parfois le brimer un peu, lui dire « tais toi !  » à ce « surmoi féroce » 😉 Beau weekend riche en écrits chère Sana !

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  4. Ah la grande oeuvre ! Pour avoir traversée plusieurs fois ce voyage, je dirais que je crois qu’il n’y a aucune méthode miracle juste la nécessitée qui un jour se fait sentir et un autre jour non ! je ne crois pas que l’on puisse forcer quoi que ce soit mais plutôt laisser la vie nous inspirer… Il y a une conférence TED que je recommande souvent sur l’inspiration d’Elisabeth Gilbert, celle qui a écrit  » mange, prie et aime  » que je trouve délicieuse, drôle et qui permet de prendre du recul, tu peux la trouver sur youtube. Mais en effet il me semble que tu as ta réponse avec le non-questionnement… Bises

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  5. Merci pour cette publication Sana,

    Les état d’âme, notamment les questions que vous vous posez sur l’égo, sont monnaie courante pour moi. Je me suis aussi lancé dans cette belle entreprise en laquelle consiste la rédaction d’un livre. J’ai pris mon temps, moi aussi… puis les semaines, les mois et les années sont passées sans que je n’arrive à bout du projet.

    J’étais sans cesse tourmenté par ces questions de l’égo, sur la légitimité que j’avais, entre autres sempiternelles remises en question.

    Puis j’ai décidé d’arrêter de me tourmenter et de laisser mon égo me faire des mauvais tours. Je me suis dit qu’après tout, j’écrivais pour moi et que celui qui n’aimerait pas ni lirait pas – et puis c’est tout. Pour avancer doucement mais sûrement, j’ai crée un blog moi aussi. Ça me permet de compartimenter mes écrits, d’atteindre des objectifs moins ambitieux mais tout aussi important en termes d’écriture. Chaque fois que je publie un article, je me souviens que mon objectif, à terme, est de les réunir dans un livre… en y ajoutant évidemment un fil conducteur.

    Pour conclure, je vous confirme que la combinaison « mode avion » et Ludovico Einaudi est souvent gagnante !

    Bon courage, au plaisir.

    Amitiés,
    Romain

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    1. Merci Romain. C’est un bonheur de lire pareil commentaire. Nos tourments sont communs. Quelle joie de savoir que l’on peut s’en affranchir. Puisse votre entreprise, votre projet être couronné de succès. Excellente fin de semaine. Amitiés, Sana

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  6. Très parlant pour beaucoup !! Merci pour cette belle réflexion qui fait écho aux miennes.
    Si tu ne l’a pas déjà vu, regarde la vidéo de solange te parle « en finir avec les blocages créatifs ».
    Ca m’a bien mis un coup de pieds aux fesses cette vidéo, lol, , je n’ai pas lu le livre « resistance ».
    Soi « gentille » aussi avec toi, si on écrit tant mieux, si on écrit pas tant mieux aussi. Peu importe comment se passe ton weekend, qu’il soit beau 😉

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  7. Coucou,
    Pas toujours facile de se délester de ces craintes.
    Pour ma part, j’ai décidé d’arrêter de me juger ou d’évaluer ce que j’écrivais. Je le garde aussi pour mois, à l’abri des jugements et des attentes.Je m’impose juste d’écrire au moins une phrase par jour, et souvent je me laisse prendre dans le processus et ce sont 3 pages qui sortent.
    Je te souhaite une belle découverte 🙂
    Bise

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  8. Je crois que nous nous posons tous ces questions un jour ou l’autre. C’est pourquoi il est toujours bon de faire une pause et de se souvenir pourquoi on a commencé, qu’est-ce qui nous a motivé à nous lancer.
    Je le dis souvent je ne me donne pas de deadline, j’y vais au feeling. Car après tout il n’y a pas une façon d’écrire, il y en a mille. Il n’y a pas de modèle à suivre – cela doit toujours resté un plaisir!
    Et ne pas se juger non plus – notre jugement sur nous-mêmes est le pire. Se laisser porter par l’histoire et écrire à son rythme. Comme tu le dis nous n’avons rien à prouver.

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  9. Salut ! Je suis également un « moi aussi j’écris mon premier roman et je tiens un blog ».
    Écrire, c’est magique. C’est rendre vivant un univers enfouis aux tréfonds de nos peurs. On oublie trop souvent pourquoi on écrit. A chacun sa peine. C’est souvent à ce moment là qu’on en arrive à écrire par orgueil. Écrire c’est avant tout pour soi. Et même si notre désir profond c’est d’être lu et compris par cet autre que soi, ce n’est pas pour cela qu’on écrit. On le fait pour soi. Oublier cela revient à se vautrer dans le luxe superficiel des mots. Ce peut être beau, ce peut être évocateur mais ça restera faux. C’est pourquoi je pense que la première chose qui importe quand on écrit c’est d’être honnête avec sois même.
    Je t’invite à lire ce petit article qui parle de mon ressenti concernant cette honnêteté. Elle essentielle à mon sens.

    https://letsrocknwrite.wordpress.com/2018/07/30/premier-article-de-blog/

    Merci pour ton article ça aide d’une certaine manière à se savoir compris

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    1. Bonjour ! Je suis très heureuse de savoir qu’on est plusieurs à écrire avec profondeur, avec honnêteté, pour soi d’abord, et sans forcément rêver d’être un Musso. Je suis entièrement d’accord écrire est magique. Écrire c’est se créer un monde. Un autre monde. MERCI d’être passé par «Les affres..» :), je te souhaite de noircir du papier, de taper sur ton clavier, encore et toujours. Encore et toujours, avec amour. Belle journée. S.

      Aimé par 2 personnes

  10. Oui, bien sûr, c’est normal de douter. Et il vaut mieux ça que le contraire.
    C’est drôle, avant, j’avais moi aussi ce besoin de faire lire mon travail à mon entourage. Je leur lisais chapitre après chapitre, jour après jour. J’avais besoin de leur avis…. Maintenant, plus du tout. Mais quelle solitude lorsqu’on écrit !
    En tout cas en ce qui concerne l’ecriture, il ne faut rien forcer. Quitte à porter l’histoire comme on attend un enfant. Jusqu’au jour où ça coule de source. Et que plus rien, enfin presque plus rien ne peut nous arrêter, sinon la nécessité de dormir.
    Tu ecris bien, toujours est-il.
    Bon, je poursuis ma lecture de qq billets….

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup Solène. Je me sens moins seule. C’est vrai que quelque part, on accouche d’un livre…c’est juste que moi je n’écris pas en 9 mois lol. Il m’en faut davantage.. Merci de t’être arrêtée dans mon univers.

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