Tout et son contraire

C’est en rangeant avant de partir que je m’étais rendu compte du symbole que j’avais laissé trôner sur mon bureau. Dans l’après-midi, la chaleur étouffante malgré l’épouvantable climatisation avait orientée comme mécaniquement mes pas vers le distributeur. Machinalement. Il me fallait me désaltérer. N’étant pourtant pas une grande adepte de la célèbre boisson mondiale, je m’en saisis, cette fois sans me poser de questions.

Et même si son effet de désaltération fut de courte durée, je m’en accommodais. Je continuais ainsi de travailler. Au bout de plusieurs heures, je me rendis compte que l’après-midi s’était évaporée.

Sonna alors l’heure de plier bagages. En rangeant, la canette rouge refit surface. Et là, une remarque me vint alors à l’esprit : «  tiens, tiens, Sana, toi qui est contre toute forme de colonisation, de domination fût-elle mentale, sociale, économique, géopolitique, il semblerait que tu aies anesthésié ton discernement le temps de ces 33 cl ».IMG_20180704_105144.jpg

Après tout, on ne peut guère être raisonnée, et discernée tout le temps. Le charme de la vie se situe justement dans ces voies non entérinées (par nous, ou par les autres). La dimension humaine implique par définition l’imperfection, elle peut se soustraire à toute programmation mentale, toute forme de prédéterminisme, ou rigidité.

Nos actes, nos actions peuvent s’exonérer de toute logique préétablie. Et heureusement d’ailleurs. On agit parfois en se situant aux antipodes de nos propres convictions. C’est humain.

En fait, on ne peut guère être tout ce que l’on est, tout le temps. Il est impossible d’être fidèle à nos fondations, à chaque instant. Non seulement, ce serait inhumain, mais terriblement ennuyeux.

Nos aspérités, nos dualités nous font agir différemment à la multiplicité des stimulis de nos quotidiens.

Il m’arrive très souvent d’abonder le système que je dénonce. Parfois subrepticement. Parfois volontairement.

On change tellement à chaque instant qu’il en devient malaisé de posséder des vérités générales sur soi-même. Quand je relis certains de mes anciens articles, je me dis que si je devais les réécrire aujourd’hui, probablement que ces-derniers seraient diamétralement opposés à leur initiale essence.

Je suis consciente du caractère peu nutritif d’une bonne et grasse pizza (fut elle industrielle), et j’adore m’en délecter en essayant de faire le plus long fil de fromage fondu.

Parfois, rien ne me ravit autant que l’intrigue d’un bon roman, dont le suspens me maintient en haleine de pages en pages. Et parfois, je me complais à m’abrutir devant certaines émissions du paf, même si heureusement, j’ai une nette et notable préférence pour le premier scénario.

Au lycée, à l’âge des comparaisons exacerbées et des débats passionnés, assise confortablement, parée de tous les symboles vestimentaires et technologiques de la mondialisation, dégustant tout ce que la terre pouvait nous offrir : des hamburgers de l’oncle Sam aux mets les plus fins, ma bouche pouvait dénoncer les affres du système quand tout mon quotidien semblait possédé, régulé, animé par ce-dernier.

On est tellement de choses à la fois. On emprunte des souliers aujourd’hui, d’autres demain. Même s’il y a forcément des actes, perceptions qui nous caractérisent tant (un peu comme le noyau dur en chimie), il y a tellement de richesses, de changements dans la non-immuabilité.

Et, si nous étions la terre, le noyau serait peut-être la partie la moins immuable, quand tout le reste nous offrirait d’immenses possibilités : un extraordinaire champ des possibles. Il y a ainsi mille façons de grandir, changer, explorer.terre.jpg

L’essentiel est de rester fidèle aux fondations qui font notre être. Sinon, on vacille.

Dans la vie, il y a les murs porteurs et les autres. Le gros œuvre (hors d’eau, hors d’air : fondations, gros murs, charpentes, soubassement, toiture..), et le second œuvre (isolations, plomberie, clim…).

Je vois mal les ouvriers du Burj Khalifa (bâtiment culminant à 828 mètres au-dessus de Dubaï ; je ne sais pas pourquoi j’ai pris cet exemple, d’autant que j’ai le vertige, et que je n’aime pas tellement le bling-bling), dire un matin : «  bon les gars, si on allait bousculer un peu les fondations ??!! ».

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Burj Khalifa – Dubai

 

Je suis comme cela, je fais partie de la team qui ne cesse de raisonner.

Au plaisir,

Sana,

Tous droits réservés.

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13 réflexions sur “Tout et son contraire

  1. On peut facilement « désaméricaniser » le Coca en lui ajoutant une bonne rasade de rhum des Antilles ou du whisky écossais ! Tiens, une anecdote: Quand je courrais à bicyclette de course des épreuves d’endurance genre 12 heures sur un vélo, (404 km sans descendre de machine!) je dégazais 3 litres de Coca le soir avant et je mélangeais avec 3 litres d’eau. Avec ces 6 litres je tenais les 12 heures sans avoir ni faim ni soif! Bonne journée.

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    1. Ah ouais ? 12 heures sans faim, ni soif …Donc, en fait, on n’a plus qu’à faire le plein de coca au cas où on viendrait à manquer des premières nécessités (nourriture, ..) !! hi hi hi avec du rhum, pas sûre que ce cocktail métissé soit des plus savoureux au palais.

      Aimé par 2 personnes

  2. L’essentiel c’est de s’ouvrir à SOI, de s’aimer inconditionnellement à chaque moment présent tel que l’on est sans aucun jugement ni comparaison avec ce que l’on devrait être mais en accueillant pleinement ce que l’on est avec bienveillance et amour !
    Simplement accepter ce que l’on est, ici et maintenant, sans chercher à devenir MIEUX que ce que l’on est, car c’est ici et maintenant le seul et unique moment où l’on est pleinement !
    C’est tellement simple que cela devient parfois complexe !

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  3. J’aime tellement cette idée que l’on change à chaque minute qui passe. Je repense parfois à l’avant, quand je me considérais encore comme immuable, et ça me rend très triste ! J’adhère complètement à cette idée de socle, de valeurs qui ne nous quittent pas et qui guident certains de nos pas en arrière-plan, malgré toutes ces contradictions qui font que l’on reste humain.e.s. Le reste de la tour se reconstruit chaque jour, comme si nous avions un immense bac avec des millions de Lego différents devant nous. Belle journée à toi Sana !

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  4. Mister Philou

    Bonsoir Sana,

    « L’essentiel est de rester fidèle aux fondations qui font notre être. Sinon, on vacille. »… Tout est dit dans votre phrase… Rester soi-même; c’est-à-dire vivre en action les valeurs qui nos sont intimement liées… Et c’est dans ces moments où lorsque nous sommes en concordance avec nous-mêmes, avec notre Etre profond que nous pouvons affirmer : ‘Je suis en train de vivre’…

    MERCI Sana de m’avoir rappelé cette vérité essentielle…

    Mister Philou

    Aimé par 1 personne

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