Il n’y en a pas deux comme moi !

Bonjour !

Je crois que j’ai juste à trouver 36 000 façons d’apprécier les choses. Tout est question de point de vue. J’ai remarqué que c’est toujours plus facile de détester quelqu’un, ou quelque chose. Hier soir, sans le vouloir, j’ai entendu une conversation entre deux copines. L’une à demandée à l’autre (vraisemblablement sur le point de quitter sa moitié) : « mais attends, c’est quoi ses deux plus gros défauts ? », l’autre a presque hurlé : « deux, t’es gentille, j’en ai 15 à t’énumérer !! Il est moqueur, arrogant, stupide, inattentionné… ». J’ai changé de table au quatrième.

Je crois qu’on doit avoir une large propension au pessimisme. Et c’est toujours plus facile de se plaindre. Cela a un côté confortable. C’est probablement dû à nos circuits neuronaux bien ancrés, et qu’on a parfois du mal à décrotter, à faire bouger. Quand j’ai conseillé à mon petit frère, las d’emprunter le même circuit footing, un autre itinéraire, il a haussé les épaules : « Oh non, trop la flemme. Là-bas, c’est plus long. Carrément plus loin. Et peu pratique ». C’est carrément plus confortable de rester dans nos pré-carrés.

Je sais qu’on nous a longuement bassinés avec ces modèles de vie téléchargeables. Mais, il n’y a pas une seule façon de vibrer, ni une façon de sombrer d’ailleurs. Je ne suis pas sûre qu’il y ait non plus un parcours de vie, un endroit, un pays, un job, une relation, parfaites. Avec ce foutu perfectionnisme attelé à moi tel un boulet, tu m’étonnes que je déchante très souvent.

On m’a toujours appris à honorer ses engagements (j’ai pesté quand le peintre m’a fait faux bond la semaine dernière), à endosser le costume de l’humilité. Je n’ai jamais vraiment su me la raconter, ni ramener la couverture à moi. Tu m’étonnes que je sois frileuse.

Et quand j’entends que je ne profite guère des atouts que mère nature m’a confiée, je plussoie. Je sais que ce n’est pas faux mais ce n’est tellement pas mon délire. On m’a appris à préserver ma liberté, et mon indépendance à tout prix. A ne jamais compter sur autrui, ni d’espérer de ce-dernier quoi que ce fut. Les attentes font toujours mal. Même si bon, intérieurement, tu espères parfois secrètement ce petit truc qui fera la différence.

J’ai mis 28 ans avant d’accepter que l’on m’offre un café à la machine, alors tu sais. Je crois que préserver sa capacité à discerner, c’est franchement un truc vital. Elle savait depuis longtemps qu’il y avait quelque chose de plus qu’une simple relation professionnelle entre eux deux.

Elle m’a dit «  sana, tu sais ce que je lui ai dit, à la fin de l’entretien » : « monsieur, gardez votre capacité de discernement ». C’est vrai que quand tu commences à pencher, parfois sans le vouloir, à te laisser influencé, etc.. Tu peux en arriver à bafouer tes propres jugements, valeurs.

Et parfois, je suis à des années lumières de vraiment désirer tout ce vers quoi on m’a toujours poussé. Je crois qu’à un moment donné, tu as envie d’interroger tes certitudes les plus profondes. C’est quand même à moi de trouver ma propre voie non ? C’est à moi de mener la danse. Nul besoin de demander l’aval car chacun possède ses propres paradigmes. On pourra te donner mille conseils, tu n’interpréteras, ni agira qu’en fonction de ce que tu es viscéralement. Et eux te donnent leurs ressentis, au moment T, et en fonction de leurs propres paradigmes.

J’aime, je déteste, j’interroge, j’analyse, je construis, puis déconstruis. Je me suis déjà pas mal déconditionné sur bon nombre de choses, j’ai déjà pas mal cheminé, et d’ailleurs, je ne suis pas sure qu’à un moment donné la vérité nous éblouisse et que l’on se dise c’est bon pour moi : j’en ai fini des questionnements.

Je crois qu’on reste ces éternels gamins sur le sable, à construire des châteaux, et à les remonter d’une façon tellement différente une fois la marée passée. Tu n’auras jamais deux châteaux identiques, comme il n’y aura jamais deux parcours de vie identiques. Parce qu’à un moment donné, la vie t’envoie des leçons, et te pousse dans tes retranchements. Et c’est parfois dans ces retranchements, que tu te redécouvres.

Tu sais, j’ai beaucoup défriché, déconstruit, et même s’il me reste un paquet de perceptions à retravailler, je sais juste que je suis dans le bon wagon car j’en ai emprunté pas mal mais ils ne me correspondaient guère.

Et, je crois qu’il n’y a rien de pire que le travestissement. Bon, se mentir a peut-être son charme le temps d’une soirée (quoique..), mais tu ne peux pas mentir sur le long terme, il y a toujours un bout de masque vénitien qui tombe. Je crois même que trahir autrui c’est se trahir soi-même. Tout le mal que l’on pense infliger à autrui, on se l’inflige à soi-même, et comme on est toujours plus indulgent avec autrui (et toujours plus dur envers soi-même) : le retour de boomerang nous fait toujours plus de mal à nous qu’aux autres.

En fait, il se passe un truc magique à partir du moment où tu t’acceptes dans ton intégralité. Tu sais, j’ai beau avoir un million de paradoxes, je les accepte tous car ils font partie de ma personnalité. Hier encore, on m’a dit : « sana, tu es tellement surprenante ». J’ai répondu : « je t’avoue que je me surprends moi-même chaque jour ».

Et je trouve cela plus enrichissant que de posséder des vérités générales que l’on ne questionne jamais. Je peux juger deux situations différemment à deux jours d’intervalle, je peux ressentir deux émotions tellement différentes face à deux situations identiques.

Avec le temps, tu deviens sage dans le sens où tu sais où es ta vérité. Et il y en a autant qu’il y a d’êtres humains. Avec le temps, tu n’en peux plus des faux-semblants, des non-dits, de l’hypocrisie. Tout est comme plus exacerbé. Tu as beau t’inscrire dans le juste milieu, dans cette espèce de couleur grise de compromis : à un moment, tu te dis : « basta, c’est noir, ou blanc ».

A une époque quand je voyais dans les films américains, ces femmes, dont le mascara coulait, faire leur valise, prendre leur 4×4, et changer de vie, je me disais intérieurement : « il y a d’autres solutions, je suis sûre qu’elle aurait pu changer les choses… ». Maintenant, je comprends davantage. Parfois, quand il n’y a rien à sauver, il n’y a rien à sauver. Et puis, pourquoi serait-on inexorablement investie de cette mission de recoller les morceaux coûte que coûte ? Quand l’éléphant a tout cassé, aucune glue ne ramènera le beau vase à son état initial. Attention, je ne prône pas de s’échapper à la moindre difficulté, tu m’as compris.

Je crois que j’ai toujours cru en la multitude : celle des êtres, émotions, des trajectoires, des destinées. Je crois en la diversité et si j’ai souvent du mal à me définir c’est aussi parce que je suis beaucoup de choses à la fois. J’ai en moi pas mal d’influences, de sensibilités. C’est pour cela que je déteste les jugements, ou la façon dont certains veulent absolument te faire rentrer dans une case. Par contre, je crois en l’unicité de quelque chose qui unit, voire régit l’humanité.

En fait, de moi, j’attends le meilleur. Des autres, pas grand-chose. Je sais qu’il y a un couperet et que donc tout est éphémère : les êtres, les choses, les émotions. C’est pour cela que les plans sur la comète, très peu pour moi. Il n’y a pas si longtemps, j’étais du genre à m’emballer très vite. Et à tout planifier minutieusement. J’ai appris la pondération. Tu vois plus de choses, tu ressens plus de choses quand tu prends ce brin de recul.

Je crois que j’ai compris qu’il me fallait foncer davantage. J’ai trop prêté d’oreilles attentives. Pour « bien faire ». Pour ne pas « regretter ». Pour être « raisonnable ». Pour faire comme les « petites filles sages ». Ou parce que je suis « une fille intelligente, mature, bien élevée ». Ou pour « rendre fier ». Ou pour faire plaisir ». Euh…, et moi dans tout cela ?

De là à ce que je me perce les têtons, ou que je prenne une dispo pour gérer un bordel en Thaïlande, il y a un delta, tout de même. J’ai vraiment dit cela ?

Revenons à nos moutons.

Je sais juste que je roule et que j’ai cessé depuis un moment de regarder dans le rétro.

Tout cela va, de prime abord, te sembler bien décousu. Mais, il y a bel et bien, un fil rouge, en filigrane.

Sana,

Tous droits réservés.

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26 réflexions sur “Il n’y en a pas deux comme moi !

  1. Ça a fait du bien cette séance de vide-ton-sac? 🙂

    36,000 façons, à la vitesse que tu roules des méninges, c’est rien pour toi, j’en suis certain!

    Cette copine qui a trouvé tant de défauts à son petit copain devrait peut-être s’interroger sur sa capacité à bien cibler celui qui correspond vraiment à ce qu’elle recherche. Soit, elle s’est fait bernée par un type qui a bien caché son jeu jusqu’à ce qu’il soit dans l’intimité, soit elle s’est révélée elle-même très différente dans l’intimité, soit un peu des deux, mais bon…

    Je crois m’entendre à une autre époque dans ce « Je n’ai besoin de personne, je ne compterai que sur moi-même ». C’est un solide bouclier qui protège contre tous et tout et qui a ses avantages, mais aussi ses inconvénients. Je t’encourage à foncer, suivre ton instinct plutôt que de t’en tenir au GPS et au meilleur chemin proposé, tout en sachant que cela comportera des impasses et des retours au dernier croisement, mais au final, c’est la seule façon d’en faire ton voyage à toi.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, ce bouclier protecteur est à double tranchant..On peut ainsi passer pour quelqu’un « qui n’a besoin de personne  » ( en Harley Davidson, je crois qu’il y avait une chanson comme cela), du coup, les personnes en face ne savent plus sur quel pied danser; alors que dans le fond, on a tous un peu besoin des autres..je crois.

      Aimé par 2 personnes

  2. Antony'M

    « Le jour ou j’ai arrêté de chercher la vérité sur moi-même, j’ai commencé un long voyage sur ma propre découverte ! »
    Très bel article, tant en profondeur qu’en syntaxe mademoiselle Sana…Mais ça, tu le savais déjà !!!
    Je t’embrasse, merci pour ce très bon moment à « la saveur du Sud ».
    Belle journée ensoleillée.
    Tony

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  3. BRAVO. Quel article, j’en ai le souffle coupé ! J’ai longtemps fait le même château de sable, qui ne tenait pas debout et qui ne me représentait pas, jusqu’à ce que j’accepte que la vie est un bordel infini, rempli de surprises plus ou moins bonnes et qu’il faut avancer en restant soi. Mais soi, ce n’est pas une seule personne, être soi, c’est accepter d’être plusieurs. De prendre différents chemins, de changer de direction, de s’intéresser à d’autres choses…De construire un château différent après chaque marée en somme. Et puis de toute façon, si on avait plus rien à travailler, à changer et à déconstruire, on se ferait quand même bigrement chier, non ? 😉 Je te souhaite une très belle journée !

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  4. Toujours un plaisir de suivre tes pérégrinations Sana. On se sent moins seul(e) nous aussi à nous poser mille et une question sur nos vies, nos désirs, ce qu’on ose ou pas faire et tout cela au nom de qui ? excellente soirée à toi 🙂 grand soleil en Bretagne ça fait du bien 😉

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  5. « Je me sens toujours heureux, savez vous pourquoi ? Parce que je n’attends rien de personne. Les attentes font toujours mal, la vie est courte. Aimez votre vie, soyez heureux, gardez le sourire et souvenez vous : Avant de parler, écoutez. Avant d’écrire, réfléchissez. Avant de prier, pardonnez. Avant de blesser, considérez l’autre. Avant de détester, aimez et avant de mourir, vivez. »

    (William Shakespeare)

    Oui, je retrouve dans tes questionnements un accent Shakespearien !
    Merci pour cette très belle page… Bonne semaine Sana. Bisous. ❤

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  6. Je te lis, je ressens le tout et je me dis… Que ça sent la dispersion. Dans tous les sens. Que c’est une étape classique aussi… Mais la petite allusion à vouloir se replier dans une espèce de satisfaction de menues félicités pour profiter ainsi de la vie me laisse grave dubitative. C’est de la surface ça. Du superficiel. Tu t’en lasseras, comme le reste, de ces 36000 façons… Ce que tu cherches, c’est en-dessous. En profondeur. C’est d’une puissance à la hauteur de cet effet dispersif dans ton texte. Pas moins. Du coup, j’ai juste envie de te dire de continuer à chercher au-delà de toutes ces « valises pensées »… Et de te poser cette simple question : que veux-tu vraiment, dans le fond ? 😉
    Bises !

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  7. Coucou Sana .. à la lecture de ton texte j’ai trouvé beaucoup de similitudes avec ma propre vie, mes envies, mon évolution perso, et plein de choses encore..ça m’a fait une impression étrange au début, une sensation non pas de déjà vu mais de déjà ressenti…car ça me ressemble assez 😊..

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