La part d’ange dans chacun

Je ne suis pas un archange. Ce n’est pas ma prétention. Je n’ai pas envie non plus de devenir lisse, sans aspérités, sans callosités. Pas question de dire amen à tout. J’ai beaucoup de choses viscérales en moi, beaucoup de valeurs. Je dois être faite d’un bois rare.

Evidemment qu’il y a des choses qui continueront de me révolter, il y a des choses qui continueront de me faire sortir de mes gongs, de m’énerver, de m’exaspérer au plus point. Mais une certitude nait en moi : celle de ne plus vouloir la part belle à ces tracas dont je ne suis guère responsable.

L’idée n’est pas de devenir un ascète insensible à toute forme de critique, de heurt, de mesquinerie mais bel et bien de renouer avec la part de notre être qui ne juge pas, qui prend acte, qui distancie, qui transcende toute forme de bassesse, de sarcasme. Car je sais qu’une victime ne remporte jamais la victoire. Ce statut, si je l’adopte, empêchera toute forme d’accomplissement.

Je me rends compte aujourd’hui de l’importance de diriger mon regard, mon attention, mon énergie, au-delà du problème. Au stade de l’insatisfaction perpétuelle, on s’éloigne de l’horizon souhaité. Pour mieux l’atteindre, je n’ai qu’à me passionner pour une vision, m’acharner à apprécier le moment T, et imaginer un avenir heureux. Je comprends maintenant pourquoi Teresa Langdon disait : « Crois comme l’enfant croit et la magie opérera ».

Assise devant mon ordinateur, je détourne un instant ma tête de l’écran, et je regarde le ciel par la fenêtre. Il est bleu. Les rayons de soleil se font timides en ce début de printemps. Je regarde encore une fois le ciel, et je repense à la phrase de John Nilton, dans Le Paradis perdu : « L’esprit est à soi-même sa propre demeure, il peut faire en soi un Ciel de l’Enfer, un Enfer du ciel ». HAlléluia. C’était donc cela. Ma vie est fonction de mes pensées. Mon paradis, mon enfer, j’en ai les clés. Martha Washington disait : « L’expérience m’a appris qu’une grande part de notre bonheur ou de notre misère dépend de notre tempérament, et pas de notre situation ».

ob_27560d_tous-en-enfer-ou-ciel.jpgJe sais ce que tu vas me dire. « Oui mais bon, c’est facile d’entretenir de bonnes pensées lorsqu’on qu’avec soi-même. C’est facile d’être en accord avec soi. Dans une relation, professionnelle comme personnelle, c’est compliqué ».Certes, toute la difficulté réside dans notre capacité à maintenir ce cap de pensées positives, même dans l’adversité. Même quand tous les jours, on teste tes limites, ta patience, ta gentillesse.

Car « L’enfer c’est les autres ». Pas tant que cela à vrai dire. Pas quand je change ma vision que j’ai des autres. Pourquoi ? Parce-que ce que je pense des autres détermine comment ils se manifesteront à mes yeux et comment j’entretiendrai des rapports avec eux. C’est aussi simple que cela. J’ai mis un peu de temps à le comprendre, à l’intégrer.

J’ai souvent considéré, il y a quelques années, une de mes copines de fac comme étant l’incarnation du culot, de l’arrivisme, de la froideur, de l’égoïsme, de la bassesse intellectuelle. Jessica. Le genre à parler très fort, à quémander sans cesse, à faire des bulles avec son chewing-gum, à se servir en premier, à s’abonner aux magazines people, à passer devant tout le monde dans une file, à s’improviser « personnel navigant » pour se faire surclasser dans un vol, à entretenir deux relations en parallèle..

sans-titre.pngBref. Mon contraire. Soit. Il nous arrivait souvent de lui dire avec humour qu’elle avait dû signé un pacte avec le diable, et que quand elle marchait avec ses hauts talons, même les morts devaient se réveiller face à autant de bruit, et d’ostentation.

Elle en riait aux éclats, sans désapprouver notre jugement. Le problème étant que nous avions tellement ancré en nous ce jugement qu’on ne la voyait plus que comme la « démone » de service. Nous nous attendions à ce que chacun de ses gestes, comportements, réactions soient en accord avec ce qualificatif. Et ce fut le cas : bien des fois elle nous avait causé du tort. Nous nous étonnions souvent qu’elle agisse en fonction de l’étiquette que nous lui avons collée.

big-208441036f.jpgUn soir de révisions de partiels, nous l’attendions comme à l’accoutumée. Une star se fait toujours désirer.

Le groupe de filles ne put s’empêcher de casser du sucre sur le dos de Jessica. Liturgie plaintive. J’étais mal à l’aise. Alors j’ai pris sa défense en disant quelque chose comme : « non mais Jess n’est pas que ça non plus. Elle a plein de qualités. A trop focaliser sur ce qu’on estime être ses défauts, on en paie, nous, les pots cassés ». Elles ont toutes levées les yeux de leurs fiches bristol en répondant qu’effectivement c’était une manière de voir les choses.

43_bibliotheques-a-paris.jpgEn tout cas, après cet épisode, pour ma part, j’ai essayé de ne plus la juger avec mes anciennes lunettes, et j’ai pris plaisir à constater qu’en lui ayant donné un « nom », une caractéristique, une qualité qui fait vibrer une énergie positive, elle ne me dérangeait plus. Elle pouvait même être source d’inspiration à bien des égards. C’est un peu ce que je disais quand je conseillais de « s’attacher à la part humaine de chacun ». On a tous en nous une part lumineuse, à nous de la révéler chez nous, chez les autres.landing_9V0GzEP.png

En fait : mes paroles révèlent aux autres ce que j’attends d’eux et de leur comportement. Si je les critique, leur comportement reflètera l’attente suggérée par mes propos.

Et même si c’est souvent aux mêmes à faire des efforts, à essayer de comprendre l’autre. Même si cela demande une énergie folle, et une fierté mise de côté : au final, on en ressort gagnant. Petite, quand je me disputais avec ma sœur, ou mes copines, en dépit même du fait que je n’étais pas fautive, ma mère me disait : « vas lui faire un bisou », et à moi, offensée, de demander : « pourquoi moi ?? ». « Parce-que tu es intelligente.. », me répondait-elle.

C’est le défi de tous les jours cette histoire. Bien sûr, on a tous en « stock » des gens « qu’on ne peut pas se voir en peinture »…Des fois, la part lumineuse, on ne la voit pas.. Mais le fait de le penser, de le dire, augmente cet état de fait.

Trois fois qu’elle décale notre réunion. Trois fois que j’aurais pu penser d’elle « qu’elle est naze, pas organisée, qu’elle se noie dans un verre d’eau  ». Mais je n’ai pas eu envie. Car je sais que si je m’en étais plainte, si j’avais laissé mon jugement faire son nid, j’aurais eu, dans la foulée, mille confirmations de ce que j’avais pensé.

Quelques mots d’Isaac Bashevis Singer pour finir : «  Si vous répétez à l’envie que les choses vont mal tourner, il y a gros à parier que vous deviendrez un prophète ».

A bientôt,

Sana

Tous droits réservés.

 

 

 

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15 réflexions sur “La part d’ange dans chacun

  1. Je ne suis pas un archange… dis tu? Pour moi cette affirmation me suffit. Bonne chance pour ta quête de recherche de soi même. J’ai 77 ans et je ne me sens plus concerné par ce sujet. Il arrive un moment dans la vie où, comme le disait Gabin, on sait, on sait… qu’on ne sait jamais. Mais si on se contente de ce qu’on sait… c’est le Nirvana! Bises.

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  2. Tous n’ont pas cette capacité à prendre assez de hauteur pour voir au-dessus des nuages et c’est une grande force chez toi. Ta maman avait raison. Particulièrement en termes d’intelligence émotionnelle. À faire l’effort de voir la lumière, curieusement, on finit par effacer les ombres. Tous, je dis bien tous les êtres ont cette part de lumière qui souhaite briller davantage, en autant qu’ils y croient d’abord eux-même et souvent, pour y croire, il a fallu qu’un autre la reconnaisse d’abord en eux.

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  3. sijosais

    Je partage complètement tes propos J’ai adoré lire Les 4 accords toltèques Tu l’as lu ? Et le premier accord est : avoir une parole impeccable. Avec soi, avec les autres. Merci pour ce bel article !

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  4. Super réflexion !! ça me fait penser à ce que j’avais étudié, dans une autre vie, en cours de psychologie de l’enfant. Quand on ne cesse de répéter à un.e gamin.e qu’il.elle est « pénible » que c’est « un petit montre », eh bien il finit par le devenir. C’est exactement la même chose avec les adultes ! Voyons le positif dans l’autre et il nous le rendra 100 fois. Très beau week-end à toi !

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  5. Merci, je vais continuer l’exercice de ne pas juger (déjà à voix haute 😉 ). Plus on travaille dessus, plus il est difficile d’entendre les autres juger…et j’ai réalisé que j’ai beaucoup d’amies dans ce cas, mais qui pensent ne pas juger. C’est fatiguant en effet. Par contre, je prône le jugement positif : le compliment, car je trouve que ça fait du bien à tout le monde. Mais j’ai remarqué que les grands sages ne vont pas dans ce sens…Ils ne jugent ni en bien ni en mal.
    J’ai beaucoup aimé les propos de ta maman avec le bisou…c’est vraiment génial !!! Bisous ^^

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