Ma rêverie turque

Rêveuse. Je suis une rêveuse.

J’étais en train de lire les chaussures italiennes, un roman de Henning Mankell, quand la bise matinale me fit perdre la page que j’étais en train de dévorer. J’ai fermé les yeux, les premiers rayons du timide soleil automnal me réchauffaient les paupières. Je me suis laissé planer. J’ai laissé planer mon esprit.

J’étais au cœur du centre historique d’Istanbul. Je sentais les effluves de café en entrant dans le salon de thé qui jouxtait la grande mosquée. Une vieille dame s’est avancée vers moi. Son visage, ses mains étaient marqués par les traces du temps. Je trouve la vie traitresse. Quand on pense avoir mis le doigt sur une certaine de contentement, elle nous rappelle que toute chose a une inéluctable fin, que même le temps se dérobe.

Ses yeux rieurs trahissaient un cœur généreux. Sans mot dire, elle me servit deux thés rouge à la turque, accompagné de deux douceurs. Je sortis mon smartphone de ma poche pour activer l’application de traduction, et échanger quelques mots avec elle.

çay.jpgElle se mit à me raconter sa vie. Son enfance dans les quartiers pauvres de la capitale turque, Ankara, puis son mariage éclair avec un paysan. Natif de la ville d’Alaçatı, commune turque connue pour son architecture et ses moulins datant de plus de 150 ans, mais également pour son eau claire et cristalline, Hatay travaillait durement dans les vignes. En épousant Gonca, la veille de ses 18 ans, il lui promit un avenir radieux.

Mais, son gout prononcé et démesuré pour l’alcool avait fait déchanter Gonca en moins d’une semaine.

58e0737eec3601bf54381d7d9f591432--turkey.jpgElle prit son baluchon un soir d’hiver, et se mit à marcher en direction d’une nouvelle vie me dit-elle. 549 km sépare Alaçatı d’Istanbul. Elle dépensa sa faible dote pour prendre le car à destination d’Izmir, et continuer ainsi son long périple. Elle m’assura avoir mis plus de 4 jours pour atteindre la mégalopole stambouliote. Sa vie durant elle travailla d’usine en usine, jusqu’à économiser assez d’argent pour ouvrir ce minuscule salon de thé. Son chat ne la quittait pas d’une semelle, elle le prit dans ses bras, le caressa, et lui émietta un saucisson turc, qui dévora en un temps record.

Soudain, prise d’une envie de me faire découvrir sa ville d’adoption, elle retourna l’écriteau kapali (fermé) sur la porte du salon.

Nous crapahutâmes tout l’après-midi, de bazar en bazar, de mosquées en églises. J’étais en train d’admirer les mosaiques, et les fresques de l’église Saint-Sauveur un Chora lorsque Gonca me tira par la main, en me disant que nous n’aurions pas le temps de voir beaucoup de choses si je devais rêvasser à chaque coin de rue.

Je me dépêchai donc de suivre ses pas. Il était déjà 16h. Nous étions fatiguées. Gonca eut la bonne idée de nous diriger vers la Corne d’Or. La corne d’or est un estuaire commun aux rivières d’Alibeyköy et de Kağıthane qui se jettent dans le Bosphore à Istanbul. Ce lieu qui forme un port naturel, fut adapté par les colons grecs pour former la ville de Byzance.

Nous fîmes donc une halte au légendaire café Pierre Loti. Gonca me conta l’histoire de l’écrivain français turcophile. Elle fut, pour moi, une mine de connaissances. Derrière son allure modeste, se cachait une immense richesse.

PierreLoti1.jpgEnfin, elle héla un taxi pour nous faire regagner Üsküdar sur la rive asiatique, plus populaire. Nous dégustâmes, à la sauvette, du fromage de chèvre grillé dans sa feuille de vigne.

Nous clôturâmes notre escapade par un super coucher de soleil sur fond de minarets.

834927223-eminoenue-bosfore-minaret-islam.jpgJe fermai les yeux et me remémorai, comme pour mieux les ancrer, les odeurs, les épices, les étoffes, les contrastes, les parfums, les bruits, les paysages, les regards, les klaxons, les plats..En fait c’est cela, j’aime l’art, les civilisations, la gastronomie, les gens, j’aime me perdre pour mieux me retrouver.

Un petit morceau de musique d’ailleurs pour accompagner ce billet. Je n’ai rien compris aux paroles mais probablement chante t-il l’amour. En tout cas, les sonorités, elles, ne mentent pas.

N’eusse été le bruit du souffleur de feuilles de l’agent municipal, j’aurais poursuivi ma rêverie.

Sana,

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