Le néant

Plusieurs fois que je tentais de le joindre en vain. Même mes nombreuses occupations ne suffisaient pas à taire ma petite voix intérieure qui me disait que quelque chose se tramait. Les heures passaient. Lorsque je décidais de m’assurer par moi-même que tout allait bien, une barre me noua l’estomac. Puis, une nausée. Je me rasseyais quelques minutes et avalais la gourde de jus de fruits qui trainait sur la table. Habituellement si sucrée, elle n’était ce-jour là qu’amertume. Au volant, prise dans mes pensées, je passais au feu pourtant d’un rouge vif. Une voiture de police me fit signe de m’arrêter. J’en perdis toute parole. « Oh, oh mademoiselle.. », me dit-il. L’agent me croyait dans un état second. Il me fit souffler. Rien. « Bon, je ne sais pas ce que vous avez, mais, rentrez, et reposez-vous » rajoutait- il. Quelle bienséance.

Arrivée chez Steve, le néant. Des packs de bière vides trainaient ci et là. Une odeur d’herbe embaumait le petit salon. Je reconnaissais les effluves de son parfum dont je pouvais dressais aisément les notes : en tête noix de muscade, citron, pamplemousse ; en cœur : jasmin, vétiver, et en notes de fond : du santal, et du patchouli.

Les volets étaient tirés. Un morceau de pizza bien entamé était collé au sol. Je me dirigeais vers le grand balcon qui jadis avait été le confident de nos éclats de rire, le témoin de nos barbecues d’été, notre terrain de jeu pour toutes les fois où nous avions improvisé des matchs de foot en tongue, notre laboratoire botanique pour toutes les fois où nous plantions d’incroyables mélanges de graines. Parfois, devant mon peu d’enthousiasme, il essayait de me convaincre : « Mais oui, ne t’en fais, on va se faire un truc transgénique, une tomate-kiwi, on verra ce que ça donne », m’avait assuré Steve, le sourire aux lèvres. La peur au ventre, je me remémorais ces joyeux moments, et refusais de jeter un œil au sol, par crainte de voir son corps inanimé, jeté par-dessus le 4eme étage de cette résidence de haut standing. Le salon éclairé, je me mis à la recherche d’un mot, d’un indice, puis je me ravisais. La chambre. Bien sûr, il fallait commencer par là. Abrutie. Courant tout le long de l’interminable couloir qui menait à la taverne de Steve, c’était comme cela que Steve appelait sa chambre, mon cœur se mit à battre la chamade devant la porte.

balcon hauss.jpg

Comment avions-nous pu passer, en l’espace d’une semaine, de l’incroyable extase dans laquelle était plongée Steve, à cette noirceur ambiante qui couvait le plus grand des malheurs ? Le néant. Je n’avais pas de réponses. Je le connaissais depuis le collège. Notre solide relation amicale n’avait subi aucune altération avec le temps. Elève brillant, lycéen modèle, étudiant perspicace, puis travailleur acharné, Steve était sur le point d’épouser Amélie.. [..].

A suivre…

Sana.

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