Génération blasée

J’ai revu Léa mon amie d’enfance qui a concrétisé notre rêve de collégienne. En effet, on voulait toutes les deux devenir hôtesse de l’air. Le goût des langues étrangères. La soif de découvrir d’autres cultures. Le kiffe de rencontrer de nouvelles personnes. Elle l’a fait.

source le figaro hôtesse.jpgMoi pas. Et heureusement. Je l’ai donc revu le week-end dernier, entre ses deux vols. Elle m’a dit qu’elle en avait marre du rythme soutenu de ces vols à travers le monde entier. Qu’il était temps à 28 printemps de penser construction familiale, et ancrage. Je ne comprends pas. Moi qui rêve d’être constamment aux 4 coins de l’Europe, ou du monde. Le jet flag la fatigue. Ce décalage brutal des rythmes internes, et du temps externe, constitue un véritable traumatisme pour son organisme. Elle ne sait jamais quelle heure il est, ni quel jour on est. La routine des vols, de son boulot. Le « corporate » des métiers de l’air la dépite. Elle aspire à davantage de stabilité.vie d hotesse.jpgElle envie mes 45 heures/ semaine assise au bureau. J’envie ses escales, ses escapades. On veut ce qu’on n’a pas. On ne veut plus de ce qu’on a. On a ce que l’on ne veut pas.  C’est humain après tout. Beaucoup aspire à moins de responsabilités. D’autres rêvent d’amour. D’aucuns abandonnerait aisément le salariat pour l’entrepreneuriat, quand d’autres  apprécierait ne plus courir de risques. Certaines femmes se teignent les cheveux, d’autres les frisent, d’autres les lissent.

Quand j’étais étudiante, j’en avais marre de séjourner à la bibliothèque. Aujourd’hui j’en ai un peu marre de bosser. J’envie mes potes freelancers « digital nomads » qui travaillent depuis leur ordi pour leurs clients. Leurs conditions de vie sont rudes. Ce n’est pas non plus aisé de changer de point de chute tous les 4 matins me diras-tu. Mais au moins ils voient du pays, vois-tu. De Bali, à Tokyo, passant par Sao Paulo, ils bossent et voyagent en même temps. (Je t’envie).DigitalNomad.jpgQuand j’en parle à ma mère, elle me dit qu’à ce rythme, je risque d’être une éternelle insatisfaite. Que quand bien même je changerais de job tous les deux mois, je trouverais un moyen d’être blasée. Que les films hollywoodiens m’ont gangréné l’esprit. Rires. Que les millionnaires ne sont pas foncièrement heureux. Que ce qui compte c’est le moment présent (S’ancrer dans le présent). Que les coureurs de jupons se lassent de leur conquête.  Elle me dit qu’il faut que j’apprenne à relativiser, à voir au-delà de ce que l’œil peut voir, à me contenter de ce que je vis présentement. Elle a raison. Et elle sait que derrière mon discours d’insatisfaite, je suis une âme qui se contente, qui sait jouir de l’instant. Elle sait que je sais discerner. Mais. Je ne peux m’en empêcher.

Quand j’en parle à mes copines, elles me disent qu’elles donneraient tout changer de cap, de pays, de fiancé, de job, d’appart’. Cela me rassure.

Est-ce qu’on est condamné à se lasser de tout le monde et de tout ? Pourquoi a-t-on ce perpétuel besoin de renouveau ? Seraient –ce juste les stigmates de la génération Y ?

En fait, c’est par période. Dans le fond, je suis heureuse. Je suis loin d’avoir de quoi me plaindre comparativement à toute la déchéance humaine, mentale de notre société contemporaine. Mais …

Bref.

Sartre, dans l’Être et le Néant, disait : « L’homme n’est pas ce qu’il est, il est ce qu’il n’est pas. » Et Michel Lacroix de résumer joliment : « Le bondissement vers du nouveau est constitutif de notre être », même s’il ne nous pousse pas toujours aux grandes ruptures.

« Je n’ai que le présent, et c’est lui qui m’intéresse. Si tu peux demeurer toujours dans le présent, alors tu seras un homme heureux. Tu comprendras que dans le désert il y a de la vie, que le ciel a des étoiles, et que les guerriers se battent parce que c’est là quelque chose d’inhérent à la vie humaine. La vie alors sera une fête, un grand festival, parce qu’elle est toujours le moment que nous sommes en train de vivre, et cela seulement. »  L’Alchimiste, Paulo Coelho.

Sana,

Tous droits réservés.

 

Publicités

37 réflexions sur “Génération blasée

      1. J’ai connu une hôtesse de l’air une fois. Elle était fort triste mais ne savait plus quoi faire. Elle s’est enfermé mentalement dans une boucle et refusait tout ce qui pouvait entraver le cercle. Elle en avait marre pourtant. Dix ans après après elle estime être passée à côté de sa vie.
        J’ai bien aimé « …changer de fiancé » comme si celui-ci est imposé…

        Aimé par 1 personne

  1. Intéressant, comme toujours 😉 On est blasé (mais effectivement les autres générations auraient pu l’être de la même façon) mais on nous a bien entrainé à l’être. Parcours du combattant pour un premier emploi mal payé, on est de la génération qui avait 2 choix : se déprimer des mois entiers de chômage ou bien la possibilité de faire plein de boulots différents. Pour ma part, j’ai fait la 1ière option, comme mes anciens amis étudiants puis j’ai décidé de faire plein de métiers, pas toujours valorisés, me disant qu’au moins ça m’ouvre l’esprit. Donc c’est vrai qu’on est un peu la génération « kleenex », au boulot ou en amour : « ça me plait pas? Je quitte ». Bien ou mal ? Je ne sais pas, il y a les 2 côtés 🙂 Par contre mes amis qui ont attendu un métier à la juste valeur de leurs études ont maintenant des CDI, des responsabilités. Mais concrètement, je vois peu de créativité dans leur job et un certain ennui. Moi, très clairement, bosser dans plein de domaines (aide soignante, travail avec le handicap, en ferme…) m’a défavorisé. Je traine aujourd’hui un mi-temps mal payé dans mon domaine de base, mais pas du tout à la hauteur de mon Master. Pourtant, pas de regret : j’ai une liberté créative géniale au travail, le lieu est idyllique, j’ai un double lieu de travail et 2 métiers différents sur une seule journée. Cela correspond à mon équilibre psychologique. Je comprends donc tout à fait que vivre 45h de sa semaine devant un ordi doit être dur et questionner sur ce qu’on a envie. Combien d’ingénieurs autour de moi ont envie de tout plaquer ou plaquent tout pour élever des chèvres ? Quant au métier d’hôtesse de l’air, Tu n’as rien à regretter Sana. Je connais très bien une hôtesse et un ex commandant de bord. Tout a tellement changé ces 10 dernières années. Tu es tellement chamboulé par les changements horaires que tu ne peux sortir que très peu de l’hôtel pour visiter. C’est un vrai supplice que de faire vivre ces décalages à son corps. Mon amie hôtesse me disait presque être frustrée de voyager autant pour ne rien avoir le temps de visiter. et aujourd’hui, il y a de moins en moins d’avantage pour voyager moins cher en dehors de ton travail. Presque aucune vie de couple possible…Bref, moi aussi c’était un métier qui me donnait envie, mais être trilingue pour dire café/thé et être à la merci des clients, j’avoue que mon amie m’a vraiment donné aucun regret ! Des bises Sana, j’espère que tu pourras diversifier ton travail…ou en changer, car il n’y a rien de mal à ça ^^ Des bises !!!

    Aimé par 3 people

      1. C’est gentil de me dire ça Sana, ce n’est pas du tout le discours que j’ai habituellement 🙂 Je n’ai en tous cas pas de regrets vu tout ce que ça m’a enseigné sur la vie ^^ Mais je suis sûre qu’on a tous des parcours splendides ou qui peuvent le devenir que ce soit professionnellement ou bien en terme de cheminement de pensée ^^ des bises

        Aimé par 1 personne

  2. D’accord avec Aldor, voir l’herbe plus verte dans le champ du voisin, c’est vieux comme le monde. C’est drôle comme on se rejoint, aujourd’hui j’ai posté un article qui s’appelle « Comment la Thaïlande m’a rendue heureuse sans raison ». Le grand malheur des humains vient de ce qu’ils veulent toujours se comparer à autrui. Il serait peut-être temps de se regarder avec bienveillance. N’en doutez plus, le bonheur est en vous, juste derrière votre plexus solaire. Pour ceux que ça intéresse, l’article est à lire sur le blog Thaï & Vous 😉

    Aimé par 3 people

  3. Article très intéressant. Il est vrai que pour ma part j’ai plusieurs rêves que je n’ai hélas pas encore pu réaliser… On veut toujours aller plus haut… enfin ça dépend…Merci pour cet article ma chère Sanaa…Gros bisous et prends bien soin de toi. Je profite encore de mes vacances… ça, par contre, j’aurais voulu les prolonger… lol

    Aimé par 1 personne

  4. Un vieil ami me dit régulièrement ceci, les gens sont trop heureux, ils n’ont pas conscience de la chance qu’ils ont. Je crois qu’il a raison !
    J’aime beaucoup cette phrase, c’est ma philosophie « Si tu peux demeurer toujours dans le présent, alors tu seras un homme heureux »

    Aimé par 1 personne

  5. coucou Sana ! article d’une grande richesse comme toujours sur ton blog. Vivre intensément le présent demande un sacré cheminement personnel. La maturité venant on se surprend à vouloir être ainsi. C’est bien de savoir profiter du temps présent sans être « pollué » par toutes ces interférences qui nous assaillent dans ce monde contemporain dans lequel je me reconnais de moins en moins. Cette course perpétuelle, cette fuite en avant me désespère. Moi, j’ai besoin de temps, de me poser, de réfléchir.. Bon weekend à toi Sana, merci pour ce partage, Bises bretonnes pour toi 🙂 🙂

    Aimé par 2 people

  6. Bonjour Sana,
    Ceux qui arrivent à se satisfaire de ce qu’ils ont, sont généralement plus heureux parce qu’ils ont l’esprit tranquille. D’autres ont perpétuellement besoin de changements pour répondre à un sentiment d’incomplétude qui revient de façon récurrente. Ils sont plus tourmentés, mais en même temps, au final, ce sont généralement eux qui changent le monde. Je pense qu’on a tous intérêt, par souci d’équilibre, à développer nos comportements antagonistes. Ceux qui évitent le changement devraient se donner des défis pour sortir de leur zone de confort et ceux qui ne tiennent pas en place devraient s’exercer à apprécier ce qui est plutôt que de se projeter dans ce qui pourrait être. Nos comportements de base sont très souvent motivés par une forme d’évitement émotionnel qui nous enferment dans un carcan qu’on a moins choisi que l’on pense.

    Aimé par 4 people

  7. Bel article ! Je crois juste que c’est le fait de comparer qui nous pousse à croire que la vie de l’autre est meilleure. Le freelance a certes plus de liberté, plus de choix créatifs, mais dans les faits, l’insécurité financière peut le pousser à accepter des jobs pas vraiment attractifs et surtout il alterne phase d’opulence et passage à vide. Le salarié est certes bridé en terme de créativité et d’expression, mais en contrepartie, ses revenus réguliers lui assurent une certaine stabilité et lui permettent de facilement concrétiser ses projets à long terme.

    L’herbe est TOUJOURS plus verte ailleurs… du moins, jusqu’à ce qu’on l’essaie.

    Aimé par 1 personne

  8. Bonjour ou Bonsoir
    C’est une joie
    un idéal
    un régal
    De revenir te voir et de joindre ce petit mot sur ton blog
    L’amitié aide à oublier
    Tout ce qui peux faire pleurer
    Primordiale même
    Pour aider quand on a mal
    Cela fait du bien quand on en a besoin
    Passe une très bonne journée ou soirée
    Toi
    Ta famille
    bisous Bernard

    Aimé par 1 personne

  9. Ping : Tous aliénés – Les secrets pour rayonner

  10. Ping : Mes 5 raisons de quitter Facebook – Les secrets pour rayonner

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s